Abraham (Genèse 12 à 25) - 1

Frères et sœurs, ces enseignements sur la création du monde et sur Abraham sont évidemment une invitation à lire le livre de la Genèse.
Il n’est pas facile de lire l’Ancien Testament, surtout sans introduction.
Il n’est pas nécessaire de vouloir tout lire à la suite ; mais le livre de la Genèse est moins austère que les livres suivants, et il serait bon que chacun prenne le temps de le connaître.

Pour comprendre cet ancien récit, il faut savoir que chaque sanctuaire (Mambré, Sichem) avait ses traditions concernant Abraham… et les auteurs bibliques, à l’époque des rois (autour du 8° siècle), ont tenté, à partir de ces traditions locales, de reconstituer ses pérégrinations… mais ces récits, écrits des siècles après les événements expriment surtout la foi des rédacteurs et reflètent la situation d’Israël à leur époque.
Ainsi, l’histoire de l’inceste des filles de Lot (19,30-38), qui veut expliquer l’origine infâme des Moabites et des Ammonites, à la fois frères de race et ennemis détestés, a probablement été imaginée vers l’époque de David.

L’épisode du sacrifice d’Isaac met l’accent sur la foi d’Abraham… mais la conclusion du récit veut surtout interdire les sacrifices d’enfants.
C’est à l’époque de David et des rois que les sacrifices d’enfants sont devenus fréquents chez les Phéniciens (au Liban), et ont été pratiqués jusqu’en Israël.
L’auteur, qui appartient à l’époque royale, traite un problème de son temps… mais, en le faisant remonter à l’époque des patriarches, il donne plus de poids à l’interdiction divine de tels sacrifices. C’est un procédé littéraire qui est usuel dans la Bible.
On comprend pourquoi ces chapitres, qui sont un recueil de traditions très diverses, comportent tant d’anachronismes, et parfois des récits sans fondement historique, comme celui de la guerre d’Abraham, au ch. 14.

Si vous avez lu le chapitre 5 de la Genèse, vous avez remarqué que la longévité des patriarches antédiluviens était considérable… ce qui peut surprendre quand on sait que l’espérance de vie en ces temps difficiles n’était pas ce qu’elle est actuellement.
Ce chapitre, appartient (comme le ch.1) à la tradition “sacerdotale” qui était friande de généalogies. Il s’inspire de la “liste royale sumérienne”, un écrit de propagande nationaliste des années 2115-2110, qui voulait établir que la royauté était descendue du ciel, et devait, par conséquent, être respectée. Les premiers rois étant plus divins que les actuels, on supposait qu’ils avaient vécu des millénaires !
L’auteur biblique s’inspire de ce document connu de tous ses contemporains… mais il en fait une réinterprétation plus en rapport avec la foi d’Israël… il utilise cette vieille légende pour expliquer la diminution de la longévité par la prolifération du péché !
Il va de soi qu cette ancienne parabole ne doit pas être prise à la lettre… pas plus que l’auteur biblique ne prenait à la lettre la généalogie sumérienne. Ce qu’il veut exprimer, c’est la gravité du péché.
Ces conventions littéraires expliquent le grand âge prêté à Abraham et à sa femme Sara… et l’âge auquel elle met au monde son fils Isaac.
Abraham a cent ans et Sara quatre-vingt-dix ans quand Dieu lui annonce la naissance d’Isaac !
Dieu dit : “Ta femme Sara va t’enfanter un fils et tu lui donneras le nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui, comme une alliance perpétuelle pour sa descendance après lui.” (Gn.17,19)

Ainsi, cette histoire d’Abraham nous présente, dans le langage imagé de l’Ancien Testament, un parcours spirituel dont le point de départ est un acte de foi… une foi qui n’est pas une simple croyance, mais qui consiste à lâcher prise pour s’en remettre à Dieu totalement.
On le voit dans ce récit de l’annonce de la naissance d’Isaac… mais on le voyait déjà dans le premier appel de Yahvé à Abraham (Gn.12,1-2) :
Yahvé dit à Abram : “Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom. Tu seras une bénédiction.”
Il fait un acte de foi qui remet toute sa vie en question :
“Abram partit comme le Seigneur le lui avait dit.” (Gn.12,4)

L’auteur biblique n’est pas un primitif, et il ne veut pas simplement nous raconter de belles histoires… il a quelque chose à nous dire sur la foi.
On voit qu’à chaque étape de son parcours spirituel, Abraham a dû lâcher prise de nouveau pour s’en remettre à Dieu.
Ce vieux récit nous concerne directement. C’est exactement cela que Dieu demande à chacun d’entre nous.
Dieu ne nous veut pas de mal : il veut nous conduire vers la vie… mais il veut nous conduire par des chemins inattendus… et la foi qu’il nous demande, c’est d’être prêts à nous en remettre à lui totalement et à nous laisser conduire.

Que le Seigneur vous guide sur ce sentier de vie,

JCP

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