Paraboles de la miséricorde (Luc 15)

Frères et sœurs, avant les vacances, je vous propose de méditer quelques paraboles de l’Évangile. Les trois “paraboles de la miséricorde”, qui constituent le chapitre 15 de Saint Luc, sont la réponse de Jésus à ceux qui lui reprochent d’être toujours fourré avec des pécheurs : “Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux.” (15,2) Les pharisiens ne le supportent pas !
Et pourtant, Jésus n’a pas un double langage avec les pécheurs : il ne leur laisse aucune illusion sur la gravité de leur péché.

On sait que beaucoup de péchés, dans l’Ancien Testament, méritaient (théoriquement) la peine de mort.
Jésus ne veut pas, pour les pécheurs, la peine de mort… il leur offre le pardon… il leur fait découvrir un Dieu qui aime pardonner.
En fait, il nous révèle que les conséquences du péché sont bien plus graves qu’une peine de mort… mais, jamais, il ne sépare une telle révélation de celle de la miséricorde de Dieu.

Ainsi, le père du fils prodigue n’a d’autre désir que de pardonner… il n’attend que cela… et dès qu’il peut pardonner, il pardonne. Dès que le fils accepte de se laisser pardonner, le père donne son pardon.
Il n’y a pas d’obstacle au pardon en lui… le seul obstacle vient du fils.

Ce qui désole le père, ce n’est pas l’offense que le fils lui a faite, ni les dommages qu’il lui a fait subir.
Il a dû vendre des champs ou des troupeaux pour donner l’argent à son fils, mais pour lui, tout cela ne représente rien.
Sa seule tristesse, c’est le mal que son fils s’est fait à lui-même.
Et sa seule joie, c’est de pouvoir enfin pardonner.

La conclusion de la parabole… ce qu’on appelle parfois la “pointe” de la parabole : son message principal, est la joie du père :
“Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” (Luc 15,23-24)

Cette conclusion est d’ailleurs répétée une seconde fois, après la discussion avec le fils aîné :
“Il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé.” (Luc 15,32)

Cette révélation de la joie de Dieu apparaît encore davantage dans les deux autres “paraboles de la miséricorde”, du fait qu’elles sont plus courtes, et que cette conclusion occupe presque toute la place.
C’est spécialement apparent dans l’histoire de la drachme perdue.
Cette pièce d’argent représentait le salaire d’une journée de travail… et aussi la somme nécessaire pour nourrir sa famille pendant une journée.
Dix pièces d’argent, pour certains, c’était peu de chose… mais pour les gens modestes, c’était dix journées d’avance pour nourrir sa famille… c’est dire que chaque pièce était précieuse !

“Si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : «Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée la pièce d’argent que j’avais perdue !» De même, je vous le dis : il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit.” (Luc 15,8-10)

Cette femme qui s’agite comme une folle, qui retourne les tapis et balaye le sol de terre battue dans un nuage de poussière… c’est Dieu !
Il n’y a que Jésus pour oser parler de Dieu en ces termes !
Finalement elle ameute ses copines, et leur annonce, tout excitée, qu’elle a retrouvé sa pièce.
Personne, avant Jésus, n’avait osé parler de la joie de Dieu.
C’est ce que Jésus appelle ici “la joie chez les anges de Dieu” ou, dans la parabole de la brebis perdue, : “la joie dans le Ciel”.

Le berger, lui aussi, ameute : “ses amis et ses voisins, et leur dit : «Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !» Je vous le dis : c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se convertit…” (Luc 15,6-7)

En lisant ces textes, on voit que l’image que nous avons de Dieu n’est pas toujours celle que Jésus nous donne dans l’Évangile.
Nous avons plein d’idées toutes faites sur Dieu… et nous devons constamment nous laisser évangéliser.

La seule révélation parfaite de Dieu est celle que donne au monde le fils de Dieu fait homme.
D’autres religions ont une certaine idée de Dieu… et il est heureux que beaucoup d’hommes croient en Dieu… mais ces idées, comme celles que nous pouvons avoir spontanément, doivent constamment être remises en question à la lumière de l’Évangile.

Jésus seul est l’image fidèle, en ce monde, de ce qu’est Dieu et de ce que sont les sentiments de Dieu.
Qu’il vous garde en communion avec lui.

JCP

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